à fleur d'eau...Une échappée à deux... Et si vivre ses rêves devenait un acte de résistance? |
Samedi 6 Septembre 2008 - Un tour de Sicile... et puis s'en va!
Que le temps passe vite ! Depuis Malte et Lampedusa, les petits paradis se sont succédés les uns après les autres... voyez plutôt:
Tout d'abord, première rencontre avec la grande Sicile, arrivée de nuit dans le lagon de Syracuse après une grosse journée de traversée pétoleuse et pétroleuse (au moteur!), mer plate chargée de Cargo. Le lendemain se furent les premiers pas des parents Vaillant sur la Fleur ... Petite ballade dans la belle ville de Syracuse, cannoli locaux incroyables, et ensuite nous partons tous les quatre à bord pour une semaine de promenade en direction de Messine.
Beaux paysages, surplombés par l'omniprésent Etna et ses balafres rouges sang! Baignades dans les belles eaux des mouillages de Brucoli et sa rivière, d'Accitrezza et ses ciclopi et de Taormina et ses touristes, moments de détentes dans les rues et marchés de Riposto.
Ce fut une semaine pleine de joie et de rires, avec la chaleur et le soleil, les douches sur le quai pour se rafraîchir, les tentatives infructueuses de pêche, les sorties humides en annexe le soir, les bons repas à bord sur la Fleur sous la lune et face à l'Etna, les p'tits restos siciliens, l'achat du ventilateur salvateur des nuits torrides!
Finalement nous laissons les parents à Riposto déçus peut-être de n'avoir pas pu passer le Détroit de Messine, vieux souvenirs paternel, avec nous... Derniers au revoir, petites larmes, de beaux souvenirs... Mais déjà, la tête se tourne vers le nord... Il va falloir le passer ce Détroit! Mais avant, nouvel arrêt à Taormina pour aller voir « La Tosca » dans le magnifique théâtre antique perché sur la falaise. Splendide, moment inoubliable!
Et enfin le Détroit! Une première tentative d'abord... sans succès. Trop de courant, vent dans le nez, la Fleur recule dans l'assaut des vagues qui se forment... on capitule!
Le lendemain, nouvel essai, beaucoup plus tôt cette fois-ci... La mer est plate, le vent ne s'est pas réveillé ce matin et le soleil est à peine levé... Moteur, tranquillou, on avance à 5,5 noeuds, on lance la traîne... L'Etna glisse doucement derrière nous, sur notre gauche, crachant légèrement ses légendaires fumées. Devant, les terres de la Sicile et du continent se rapprochent déjà : le début du long détroit! D'abord large de 6 milles au sud, puis se rétrécissant pour finir avec juste 1 mille à sa sortie nord... Une brise se lève, très douce, on sort la grand-voile pour en profiter un peu, mais, chose étrange, la vitesse du bateau se met petit à petit à diminuer ! Le compas indique un cap à 40° mais en vérité, d'après les calculs on est en train de faire route au 68 ??? Nom d'une pipe en bois ! C'est le courant qui nous susurre à l'oreille que la journée ne fait que commencer... Plus loin, encore distant de près de 25 milles, se sont Charybes et Scylla qui se marrent... Un petit clapot se lève, on pousse un peu le moteur, 2000 tours, on avance encore bien... 4,2 noeuds! Puis, comme pour nous sortir de notre concentration, Poséidon nous détourne, bzzzzzzzzz, la ligne de traîne se débine.... On resserre un peu le frein du moulinet, un temps, hop, ça repart à nouveau, on serre plus, finalement, avec assurance et détermination, on commence à tourner le moulinet pour ramener le fil. A l'autre bout de la ligne ça tire fort, on lutte, au loin on voit sauter notre proie qui tente de se libérer... Le combat est sévère bien qu'injuste... On sort l'épuisette, le poisson n'est maintenant qu'à une vingtaine de mètre derrière le bateau, il ne faut pas le perdre, on ramène encore, il saute, tire, plonge... Alors, dans un dernier mouvement, on le coince dans l'épuisette, il se débat encore, on le rentre dans le cockpit, il est tout vert, une grande nageoire bleu sur le dessus, magnifique, 35 cm, c'est une belle Coryphène
On remet un peu les gaz, coupés pour faciliter un peu nos opérations péchouilllesques, et on s'aperçoit que, durant ces quelques minutes de détentes, Eole en avait bien profité! Le clapot est maintenant devenu une véritable mer agitée et les 2000 tours du moteur ne suffisent qu'à nous déhaler à 3,2 noeuds, avec un tangage « laisse tomber la neige », et un écart encore grandissant avec le cap réel... Il est 12h ! On tente de remonter à la voile en tirant des bords... En vain ! En passant d'un bord sur l'autre on se rend compte qu'on a perdu du chemin par rapport au bord précédant, on est plus au sud qu'avant... en gros, on avance au prés à 4 noeuds mais en fait on recule!! Dingue! Du coup, plan B, on coupe le détroit d'Ouest en Est pour aller se réfugier dans le seul et pauvre port situé dans cette zone, sur le continent, Reggio Di Calabria... Après quelques dernières péripéties, on s'amarre, cul à quai dans le petit port de plaisance. Petite sieste, on décide d'aller faire quelques courses, le pleins d'eau, et tout et tout... En revenant, on apprend que ce port un peu miteux va nous coûter aussi cher que St Trop', du coup, on décide de s'amarrer sur le quai des Ferry, un peu houleux certes, mais très sympa avec tous les pêcheurs du soir qui viennent jeter leurs lignes... D'ailleurs, on en profite, on sort notre Kanoun sur le quai pour une Coryphène en grillade, quelques patates et hop, un festin... Allez zou, vite au lit, demain rebelote, on se lève à 6h30 pour finir cette remonter du Détroit et ses nouvelles aventures... Voilà, on est demain! A l'instar de la veille, la mer est plate comme une sole (que nous pécherons d'ailleurs par deux fois à la fin de cette même journée, mais laissons Chronos oeuvrer, nous y reviendrons plus tard!). Très vite les courants reprennent mais, fort d'une expérience acquise à la sueur de nos fronts, nous décidons de longer au plus près la côte... bien nous en prend, car, comme prévu, ici les courants s'inversent et nous sont donc favorables...
La surface de la mer est incroyable, des remouds se forment par endroits, des traînées, des bouillonnements, là où les courants se heurtent... Il suffit de franchir ses frontières mouvantes pour que notre « Fleur » passe, en une dizaine de mètres, d'une vitesse de 6 à moins de 2,5 noeuds! Le bateau fait quelques embardées, pris par les bras de Charybes qui tente de nous dissuader! Mais on continue. On voit maintenant la sortie du détroit 3 milles devant nous, enfin, mais il faut passer le cap avant d'orienter à droite. On se retrouve donc en plein courant, les remous se creusent par endroits laissant à la surface de la mer une couleur sombre et inquiétante, la barre est comme frappée par moment, le moteur force un peu. Heureusement le vent ne monte pas, mais malgré tout, le compteur du GPS indique que nous nous traînons à 1,4 noeuds, de plus, le courant changeant à tous moments, nous porte à la côte, nous obligeant en permanence à corriger notre trajectoire sinusoïdale... On mettra finalement plus de 2 heures au moteur pour échapper aux griffes de Scylla et Charybes et pouvoir enfin sortir les voiles par vent de travers et se diriger ainsi, tranquillement jusqu'aux iles Eoliennes... D'ailleurs, elles apparaissent déjà au loin, à 35 milles devant nous... Le soir, goûtant à un repos bien mérité, on se baigne dans une magnifique calanque au Nord Ouest de l'Isola Vulcano, la Cala di Maestro Minico et on pèche deux petites soles bien dodues.... A la poêle, du riz et zou, fatigué mais heureux, on profite...
Ensuite, nous passerons une petite semaine entre ces merveilleuses iles Vulcano, Lipari, Panarea, Salina... Entre baignade et soleil, beaucoup de monde, mais l'ambiance est tellement bonne! On se régale à observer les bateaux bondés, toutes musiques dehors, jouant les discothèques... Le soir, les mouillages redeviennent calmes et sont très agréables après l'agitation de la journée!
Mais le temps passe, il faut penser à trouver un endroit où planter la Fleur... Après une rapide enquête, et quelques conseils, on décide de finir le tour de la Sicile pour retourner en Tunisie... Cet hiver notre Fleur sentira le Jasmin... Du coup, route vers Palermo. Laissant le bateau au mouillage dans l'avant port, on restera deux journées entières à se balader entres ses murs, à profiter du doux rythme typiquement Sicilien, manger du calamar bouilli sur la place du marché aux poissons, tenter de voir un spectacle de Pupi, visiter ses belles églises, faire les soldes...
Ensuite, rapidement, on glisse vers l'Ouest, arrêt dans la baie de San Vito lo Capo, petite aquarelle, petit sar, à la tombée du jour...
Puis les Iles Egades, mouillages au Sud de Levanzo et enfin Mazara del Vallo, dans le port cette fois, pour préparer notre traversée vers Pantelleria et Hammamet! Souvenirs de cette arrivée à Mazara, dimanche soir vers 18h30, dans la mer une multitude de bateaux forment une procession autour di simulacro di San Vito... On entre avec eux dans le port, comme faisant partie de cette procession, des prières sortent de la sono usée du chalutier décoré pour l'occasion, une foule est amassée sur les quais de ce géant port de pèche, notre Fleur a l'air un peu déboussolée et émue par toute cette effervescence, nous aussi... C'est beau!
On reste une journée entière pour se délecter une dernière fois de l'ambiance de Sicile, en plus, ici c'est la fête, tout le monde est de sortie... On profite à fond... Les gelati sont excellentes, les pizzas un régal... Et puis, Mardi midi, on décolle, cap vers Pantelleria...
Le vent et la houle se sont levés assez fort mais sont bien orientés... du coup, on prend 1 ris! Avec 20 noeuds de vent on glisse à 6,5 voir parfois 7 noeuds... Les 58 milles sont avalés en 9h30, à peine le temps de digérer les deux pizzas emportées pour l'occasion.
Pas déçu ! Ici c’est la fin des vacances pour beaucoup de monde, les infrastructures touristiques se démontent, les « nollegio » (loueurs de toutes sortes) rangent leurs scooters, bateaux moteurs et autres méharis… L’ambiance est encore différente de toutes celles que nous avons traversées jusqu’alors ! On goûte une journée à terre en allant voir, grâce au mini bus local, le très étonnant lago di Venere sous lequel l’activité volcanique bat son plein… Ici le grand jeu est de prendre un bon bain de boue souffrée… On se décape donc la peau, petit peeling local, le bronzage part l’odeur reste…
Par deux fois on fera le tour de cette charmante île afin d’enchaîner les mouillages tout en restant protégé des vents qui n’arrêtent pas de tourner… Les côtes sont assez différentes d’un bout à l’autre : de la Cala di Levante, avec ses grottes turquoises sous le village de Tracino, au petit port enroché de Scauri, en passant par la Cala di Nica et ses plis au soleil couchant… Tout est beau !
On flâne un peu à pied aussi, laissant notre fleur à son ancre, escaladant les routes escarpées pour rejoindre le village de Tracino ou de Scauri… La vie est douce, on sait que la fin du voyage approche, alors on traîne un peu… On pêche des oblades, des vieilles, des sarrans… On profite à plein de tous ces plaisirs !
Il nous reste donc 2 petits jours… On continue de découvrir les magnifiques criques, on coince l’ancre dans les rochers près d’un immense éléphant dans la cala du même nom, on se rempli de gelati et de prosciutto,on va voir les urgences de l’hopital de Pantelleria histoire d’endiguer un début d’otite vaillantesque et le jeudi 4 Septembre 2008, à 8h du matin, la Fleur et nous, entamons notre dernière traversée de cette longue et belle aventure en Méditerranée. Cap sur Hammamet ! La route est direct au 250°… Le vent très doux ce matin nous pousse légèrement, on met le spi… La fleur glisse alors tranquillement sur une mer bien sage vers la Tunisie.
Vers 18h45 alors que le vent est complètement tombé depuis quelques heures et que Jacob s’est remis au travail avec le moteur, nous commençons à distinguer, malgré une visibilité assez réduite dû à l’humidité ambiante, la pointe de Nabeul, alors distante que de quelques milles. Et comme pour nous faire un dernier adieu, trois grands dauphins sont venus danser avec la Fleur sur Boby Lapointe (Tube incontesté auprés de nos amis cétacés).
A peine une heure plus tard, ceux sont les orages que nous voyons au loin, dans la direction d’Hammamet. La nuit tombe, la luminosité commence à bien diminuer… Devant, les éclairs redoublent, le ciel s’illumine par endroit… douloureux souvenirs Sardes. On décide de rejoindre au plus court la côte tunisienne que nous longeons depuis plusieurs milles maintenant. Le petit port de Beni Khiar se trouve juste à 2 milles sur notre nord ouest, une aubaine. On tente en vain de mouiller dans l’avant port, afin d’échapper aux formalités douanières dû à notre entrée en territoire tunisien, l’avant port est complètement envasé. Il s’en est fallu de peu pour que le voyage ne se termine sur un échouage vaseux… Mais bon, tout fini bien, les autorités, vu l’heure tardive et le ramadan nous dispensent finalement de la paperasse administrative et nous demandent de partir tôt le lendemain en évitant de dire que l’on a passé la nuit ici… Pas vu pas pris !
On repart donc le lendemain à 6h, à nouveau sous spi, en direction – finale- d’Hammamet ! Arrivée vers 10h dans un port gigantesque, pleins de grands bateaux, on se croirait à St Trop’ ! Cette banlieue d’Hammamet où s’est implantée cette Marina est une gigantesque zone touristique… Mais la Fleur y sera très bien gardé, on l’arrosera souvent. Elle pourra même, peut être, se faire des copines en attendant notre retour… On se retrouve donc amarré pour de bon à ce ponton qui sera le notre pendant plusieurs mois. Fin d’un voyage. Il est maintenant temps de penser à ranger, nettoyer, rincer, jeter, trier, bagager, ventiler, dégréer, dégonfler, désaler, réserver, décoller et rentrer* !
*Rentrer ! Ce sera finalement le 11 Septembre (sans blague!) que nous retournerons dans notre plat pays… L’avion atterrira d’ailleurs à 21h05 à l’aéroport de Roissy Charles De Gaulle, aérogare 3… avec 40 kilos de bagages, une Fleur en moins et un bon mal de terre, on sera là, un peu perdu dans la foule... Quand tout à coup, n'apercevrait-on pas le sourire d'un visage familier...?? commentaires {5} - Ajouter un commentaire
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